La découverte des soins palliatifs avec deux équipes mobiles – un témoignage de Lucie, une volontaire Française

Dès ma première semaine en Moldavie, j’ai eu l’opportunité de me rendre dans plusieurs villes afin de rencontrer les patients atteint de maladies incurables et de découvrir un domaine que je ne connaissais pas ; celui des soins palliatifs.

 

SOROCA – Mercredi 20 novembre 2019

Le premier voyage commença donc à Soroca. Tout d’abord j’ai rencontré la première équipe mobile ; médecins, infirmières, assistantes sociales, psychologues, etc. Les membres de l’équipe étaient vraiment gentils et accueillants. Il avait l’air heureux de me rencontrer et de me faire découvrir leurs missions.

Après quelques cafés et choses à déguster, il était temps de rendre visite au premier patient.

1ère visite

Un peu plus loin dans la ville, nous nous sommes rendus dans un appartement pour rendre visite à un homme d’une soixante d’années. Pour ma part, c’était la première fois que j’étais confrontée à une maladie si avancée. L’homme est venu nous ouvrir la porte avec difficulté avant de s’allonger à nouveau dans son lit.

Avant que nous prenions place, un chat probablement caché derrière le lit survient brusquement et provoqua chez nous un effet de surprise. Il semblait que celui-ci tenait compagnie au monsieur avant que nous arrivions et l’effrayions.

L’infirmière, l’assistante sociale, ma collègue et moi s’installèrent autour de lui. Il nous proposa directement de nous assoir et sa femme arriva. J’ai pu ressentir une certaine tristesse chez celle-ci et chez l’assistante sociale qui semblait retenir ses larmes… Ma collègue m’avait dit avant de passer la porte que cela pourrait être un moment difficile mais qu’on pouvait sourire et essayer de lui apporter un peu de joie et d’apaisement.

L’infirmière s’occupait de lui apporter des conseils, de lui donner des traitements contre la douleur et discutait beaucoup avec lui. Je ne comprenais pas encore le roumain mais j’ai pu remarquer à quel point les échanges et prendre le temps sont importants.

Malgré la situation et la souffrance probable du patient, il faisait un peu d’humour et tentait de garder le sourire. Il a insisté pour nous proposer des pommes que nous avons acceptées.

2nde visite

Pour la seconde visite, il me semblait que nous nous éloignions encore plus de la ville, dans un village qui avait l’air encore plus touché par la pauvreté.

Nous traversions un jardin, encore une fois un chat était présent. Nous entrâmes dans une sorte de pièce qui devait faire office d’entrée. Dans celle-ci, il se trouvait déjà la dame assez âgée assise à qui nous rendions visite. Au premier abord, elle était très souriante et accueillante. Sa fille était présente ce jour-là, même si, elle n’habitait plus avec sa mère. On nous proposa tout de suite de nous asseoir aussi comme si c’était un signe pour que l’on prenne le temps de discuter.

Encore une fois, le docteur prenait du temps pour lui administrer les soins et lui poser plusieurs questions concernant la douleur. Ce qui était vraiment touchant chez cette femme c’est qu’elle avait l’air si gentille et montrait un sourire un peu nostalgique.

De nouveau, je ne comprenais pas ce qui se disait, mais je remarquais la patience et l’empathie des membres de l’équipe envers elle. Il me semble que la patiente avait l’air vraiment soulagée de pouvoir échanger avec plusieurs personnes, et peut-être même sur des sujets différents que son état de santé.

A un moment cette gentille dame se mis à pleurer doucement et je pense que nous avons ressenti tous une peine au fond de nous.

Lors de notre départ de sa maison, j’ai appris que la patiente souffrait de sclérose en plaque, de paralysie et qu’avant qu’elle soit prise en charge par Hospices of Hope, d’une importante dépression. L’organisme a un véritable rôle de soutien psychologique que j’ai pu remarquer directement.

3ème visite

Pour la troisième et dernière visite de la journée, nous avons traversé le village des tsiganes pour nous rendre dans une maison assez grande. Une dame nous ouvra la porte. Elle était accompagnée de plusieurs de ces filles. Nous sommes donc rentrés dans son salon pour retrouver son mari. Le couple avait 5 enfants et malheureusement, le papa était atteint d’un cancer de la vésicule biliaire.

Sa femme rapprocha des sièges pour que l’on puisse tous s’assoir autour de lui. En prenant place, j’ai eu l’impression d’entrer dans l’intimité de ces personnes. Des photos du couple étaient exposées, elles ne semblaient pas si ancienne et pourtant l’homme était beaucoup moins maigre et plus souriant.

Là aussi, le médecin et l’infirmière échangèrent beaucoup avec le patient et aussi avec sa femme qui semblait avoir besoin de parler. Apparemment, ils souffraient d’important problème d’argent ce qui rajoutait une inquiétude supplémentaire.

En partant, j’ai remarqué que l’une de ces filles pleurait…

 

CAHUL – Vendredi 22 Novembre 2019

Pour mon second jour de découverte, nous nous sommes rendus à Cahul. De nouveau, j’ai pu rencontrer l’équipe mobile qui avait ses locaux dans un hôpital. Ils me proposèrent un café et des gourmandises avant de prendre la route. Là aussi, l’équipe était très accueillante.

1ère visite

Notre première visite débuta chez une dame accompagnée de sa fille. Ce qui était vraiment particulier avec cette patiente c’est qu’elle avait un dynamisme incroyable pour son âge et son état de santé. Elle était vraiment souriante et faisait rire l’équipe.

Comme habituellement, sa fille nous apporta plusieurs chaises et il y avait également un chat qui tenait compagnie dans l’appartement.

On m’a expliqué qu’elle disait qu’elle avait faim sur le ton de l’humour. D’ailleurs cette dame ne souffrait pas. Je pense qu’elle était plus apaisée et positive que les autres patients que j’ai déjà pu rencontrer.

2nde visite

Ensuite, nous nous sommes un peu éloignés de la ville pour rejoindre une maison d’apparence normale. Il avait plusieurs canards devant l’entrée du jardin et plusieurs chats une fois le portail franchi.

Une dame au visage très mélancolique et aux longs cheveux noirs nous a accueillis. Elle semblait vraiment triste. Nous entrâmes dans sa maison et directement dans la pièce où se situait son mari, notre 2nd patient. J’ai tout de suite compris la réelle difficulté de pauvreté qu’il subissait. D’ailleurs, j’ai rapidement remarqué à quel point la pièce était humide car j’ai eu au départ, un peu de mal à respirer. Certains murs étaient en terre et il y avait des trous dans le plafond. Heureusement que la chaleur était présente dans la pièce. L’homme regardait la télé mais celle-ci diffusait une image de très mauvaise qualité.

Ici l’ambiance était beaucoup plus morose. La tristesse se lisait sur le visage du couple. Le patient semblait souffrir. De nouveau, l’équipe prenait du temps à expliquer à sa femme les médicaments à donner et très certainement les doses. Ici, on ne nous a pas proposé de nous assoir mais peut-être parce qu’il n’y avait même pas assez de siège.

En observant un peu la pièce, je remarquai des anciens portraits de la femme aux longs cheveux noirs qui avait l’air très belle. Aujourd’hui son visage était marqué par l’inquiétude et la tristesse.

3ème visite

Enfin, la troisième et dernière visite à Cahul concernait un homme qui habitait avec sa femme dans une maison assez jolie.

Une fois de plus, sa femme était très accueillante et ne voulait absolument pas que l’on reste debout. Dans la chambre où se trouvait son mari, il faisait vraiment bon et chaud. L’espace avait l’air confortable. En face de son lit, un ordinateur avec une webcam, probablement pour pouvoir effectuer des appels à distance avec un enfant à l’étranger. A ce moment-là, j’ai aussi pensé à la difficulté que pouvait ressentir les membres de la famille qui n’était plus dans le pays.

Tout le monde s’était donc assis autour de lui. Même les personnes n’ayant pas de compétences dans le domaine médical parlaient avec lui. Cela me prouva une nouvelle fois que les sujets de conversations pouvaient être divers et variés.

Ici, l’explication des ordonnances à sa femme pris du temps et je n’ai pas compris pourquoi mais elle devait signer plusieurs papiers.

Pour conclure

Je n’ai pas toujours pu comprendre le nom des maladies dont souffraient les patients. Il en était de même pour les échanges car je ne comprenais pas le roumain ni le russe. Mais j’ai pu ressentir les émotions des personnes en lisant sur leur visage. Je pense que cela est universel.

Certaines visites m’ont marquées plus que d’autres notamment lorsque la souffrance et les problèmes d’argent représentaient une difficulté en plus. J’ai été confronté à une réelle pauvreté chez certaines familles.

Plusieurs éléments étaient similaires d’une visite à l’autre. La présence d’animaux de compagnie semblait importante. Malgré les difficultés, les familles accueillent l’équipe avec beaucoup de bienveillance et semble soulagées de l’arrivée d’Hospices of Hope Moldova. Le soutien psychologique est tout aussi important que celui médical car les membres prennent vraiment le temps d’échanger avec les patients.

J’ai l’impression que chaque patient vit cette dernière épreuve de façon différente, de façon plus positive ou beaucoup moins. Bien évidemment cela dépend aussi de la souffrance et du niveau financier.

Par Lucie, Novembre 2019